Les zoonoses, les barbares et nous
Qu’en est-il de nos modes de vie sédentarisés ?
À partir du moment où l’être humain s’est sédentarisé, tout un ensemble d’autres êtres naturels se sont repais de tout ce qu’il produisait de nourriture, de déchets, d’habitudes, de rejets corporels réguliers, etc. Ces routines, toutes sortes d’animaux et autres insectes les ont domestiquées, en ont fait leur « domos », leur lieu de vie permanent.
De ces échanges de longue durée, sont nées les « zoonoses », ces maladies transmises par les animaux qui nous entourent. C’est la thèse de James C. Scott, anthropologue étasunien connu pour son intérêt anarchiste pour les sociétés humaines. Livre publié avant la pandémie et ne cherchant pas à faire ses choux gras de l’actualité, il offre une vue historique profonde sur ces interactions entre être humains et monde naturel.
Près de 7’000 ans de sédentarité régulière ont considérablement étendu notre empreinte sur notre monde environnant. A tel point que dans des régions comme l’Europe, le monde sauvage n’a plus beaucoup d’autonomie, il est adossé aux artifices humains et s’est adapté à cette situation. Sauvage dont la racine, « silva », « forêt, bois », nous rappelle que la forêt a subi un lourd tribu à notre extension. Les forêts primaires se font rares dans le monde. Au mieux, nos forêts sont jardinées; le plus souvent elles sont « gérées » même si « durablement » !
On pourrait ainsi dire que tout n’est plus qu’interaction entre nature et espaces construits par nous être humains. Comment croire dans ces conditions qu’une maîtrise – grande fiction constituée depuis des siècles pour justifier notre supériorité sur les autres êtres peuplant la nature – des zoonoses, de ce qui s’échange, soit possible ?
Comment croire que la science, ou le pouvoir politico-sanitaire actuel soit capable de nous sortir de cette évolution dont l’histoire dépasse largement notre nombrilisme version 2020? Depuis une quinzaine d’années, les virus d’origine animale se diffusent dans notre entourage proche, soit d’animaux à animaux, soit d’animaux à humains (vache folle, Ebola, Sras, Covid) selon un rythme inconnu depuis plusieurs décennies.
Au-delà du besoin atavique de maîtrise, n’est-il pas temps de nous demander quel relation de réciprocité nous souhaitons tisser avec la nature. Cela suppose clairement de redonner une part d’autonomie, redonner son territoire propre à cette vie sauvage, lui restituer son propre « domos ».