« Écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe » (Friedrich Hegel).

Dans la forêt, l’imaginaire fait souche.
Dans nos forêts, la vie souvent trébuche.
Il suffit de s’y promener pour déplorer leur état.
Toucher un arbre, c’est s’emplir de la sève de son être.
Poser les yeux alentour, c’est constater les profondes blessures dont sont victimes nos bois.
Nous devons redonner à la forêt ainsi qu’à ses hôtes leur élan naturel.
Dans la forêt, la langue de bois n’a pas d’écho.
Il est encore temps d’abattre l’arbre de transmission de notre vision économique à court terme.
Par essence, la forêt nous parle du passé, nous montre le présent et nous laisse augurer demain.
Les forêts, dont celles du Val de Ruz, sont aujourd’hui les victimes silencieuses de pratiques sylvicoles lourdes. Nous devons ensemble réapprendre à considérer pérennement cet espace vital.

La forêt est un bien universel.

Il nous incombe d’adopter une politique et des gestes qui permettront d’en jouir durablement.

« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». (Antoine de Saint-Exupéry)

La forêt n’appartient à personne.

Par nature, elle ne peut être la propriété d’élus politiques, à fortiori d’acteurs économiques. Elle ne doit pas être livrée au mercantilisme, mais envisagée sous ses multiples facettes. L’immense potentiel du patrimoine forestier réside dans les innombrables ressources qu’il peut offrir à chacun. La forêt doit redevenir un lieu de vie, un espace de détente, d’activités culturelles, économiques procurant à tous un bien-être tant spirituel que matériel.

Dans les faits :

Nous déplorons depuis plusieurs années une détérioration de l’espace forestier, entre autre au Val de Ruz.

Nous proposons de méditer ensemble, citoyens, élus politiques et acteurs économiques, une autre forêt.

Il y a un acharnement à abattre les vieux arbres, ou du moins ceux que l’on dit vieux. Un hêtre de cent ans n’est de loin pas un vieil arbre…
La forêt est un lieu de vie transgénérationnel. Le panachage de son peuplement en âges et en essences est primordial.

Nous proposons de miser sur la force et la richesse de la diversité, dans une optique à long terme.

L’abattage des arbres n’est la plupart du temps pas précédé d’un élagage. En tombant, les arbres entraînent inéluctablement nombre de branches d’arbres voisins, détériorent parfois leur écorce, etc. L’état sanitaire des arbres blessés est de facto prétérité.

Nous proposons d’opter pour un prélèvement harmonieux du bois que la nature nous offre en lieu et place de détériorer l’espace forestier.

Certaines coupes engendrent d’importantes modifications des flux d’air. Il est de plus en plus fréquent d’observer des arbres déracinés, aux endroits où ils étaient protégés du vent et désormais exposés de plein fouet. Cette constatation est d’autant plus flagrante là où les lisières sont depuis quelques temps « débarrassées » des grands arbres, qui précisément faisaient écran.

Nous proposons de tendre vers un équilibre sylviculturel.

Un autre problème réside dans le fait, que de grandes quantités d’arbres abattus dans certains endroits empêchent la forêt de jouer son rôle de parapluie. Par fortes pluies, les sols sont lessivés. Il est fréquent d’observer d’importants écoulements de boue, phénomène très rare, voire inconnu il y a quelques années.

L’écrasement des sols provoqué par le va-et-vient de machines de bûcheronnage extrêmement lourdes est également de nature à empêcher une bonne pénétration de l’eau dans le sol.

Il en va de même pour les chemins forestiers en proie à d’importants ravinements. En sus du couvert foliaire insuffisant, le manque d’entretien des rigoles d’écoulement favorise cette destruction. La solution consistant à rouler une couche de déchets de goudron provenant du dégrappage de revêtements routiers usés est antinomique avec la nature de l’espace forestier.

Nous proposons de cesser de recourir à l’utilisation de fraisat pour « l’entretien » des chemins forestiers.

L’espace est une clef majeure des solutions qu’il nous appartient de trouver face au chambardement climatique.

Nous proposons de peser solennellement le rôle de la forêt dans le contexte climatique.

A la suite d’une coupe, il est fréquent d’observer des empilements de grumes adossées à quelques arbres. L’écorce de ces derniers est souvent blessée, certains spécimen sont à jamais pliés, etc.
Que dire des piles de grumes n’ayant trouvé aucun preneur, se détériorant année après année et perdant leur valeur marchande ?

En sus des méthodes de bûcheronnage souvent discutables, que faut-il penser d’arbres abattus pour rien ? Il n’est pas souhaitable d’employer une main-d’oeuvre aux travaux forestiers sous prétexte qu’elle est disponible, alors que le fruit de son travail est vain.

Nous proposons de mettre fin à l’économie de gâchis.

Eu égard aux coups portés quotidiennement aux arbres, il n’est plus possible de demeurer passifs. Nous choisissons d’ameuter l’opinion publique et les autorités de la Commune de Val de Ruz dans le but de mettre en place un forum de discussions portant sur la relation de l’être humain à la nature.
Il faut s’asseoir tous autour d’une table ou d’un feu de bois pour décider ensemble de l’avenir de la forêt.


Philippe Vauthier & Fabrice Plomb, Octobre 2020